Marcel Proust à Beg-Meil

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grâce au bouche-à-oreille.
Merci à toutes et à tous !

 

288 pages (dont 71 pages couleur)

Format : 14,8 X 21 cm (A5)
ISBN : 978-2-9557197-7-0

Nouvelle édition : 20 mai 2019

Prix : 19 euros

Livre imprimé de façon responsable, issu de forêts gérées durablement et de sources contrôlées (FSC®).

 

 

À propos du livre :

 

Belle découverte littéraire et patrimoniale. Stéphane Bern, journaliste, écrivain, animateur de radio, présentateur de télévision, producteur.

 

Bravo à Philippe Dupont-Mouchet pour avoir rendu à “l'amateurisme” ses lettres de noblesse. Aimer, partager et faire œuvre utile: le programme d'un livre unique en son genre. Ce travail d'éditeur et d'auteur – par sa science et sa sincérité – doit être soutenu. Nous on aime ! Julien Viteau, libraire à Paris.

 

Un voyage poétique à Beg-Meil, en compagnie de Marcel Proust […]. Un vrai coup de cœur ! Solène Tydou, libraire à Quimper.

 

Le long séjour à Beg-Meil que Marcel Proust fit en compagnie de Reynaldo Hahn, à l’automne 1895, constitue une enclave inattendue dans la vie policée de ces deux citadins, peu habitués à un mode de vie véritablement campagnard. […] il y eut pour eux un miracle Beg-Meil, dû au microclimat du pays de Fouesnant, où les pommiers côtoient la mer, où la qualité de la lumière est singulière et le coucher du soleil incandescent, où l’odeur des fruits se mêle à celle des algues et des eaux. […] C’est à la recherche de ce temps d’arrêt poétique entre l’écrivain et le musicien que nous convie Philippe Dupont-Mouchet, guide attentif de leur mémoire partagée. Philippe Blay, Conservateur en chef à la Bibliothèque nationale de France.

 

Ce séjour de Marcel Proust à Beg-Meil me “voyage” vers ma propre enfance pas très loin de là, à Bénodet. Ce que tous ses sens ont ressenti résonne dans mon esprit au cœur de mes propres nostalgies. […] Quel pays magnifique décrit-il, quelle paix retrouvée à l’ombre des pommiers au chevet de la mer. Les parfums, la bienveillance et ce temps qui s’arrête pour mieux vous habiter. […] Ce témoignage sur le séjour de Marcel Proust à Beg-Meil est un bel hommage à cet “ici” qui est le nôtre. Dan Ar Braz, guitariste auteur-compositeur-interprète.

 

Inédit - Toute l’histoire enfin révélée :

 

«Un pays enchanteur… terre de beauté… mélange de poésie et de sensualité… la plus noble et douce et délicieuse chose que je connaisse… j’adore Beg-Meil… où il est exquis de vivre.» Marcel Proust.

 

Depuis l’enfance, une description de Proust me sied parfaitement, je suis «de ces gens qui parlent sans cesse d’un endroit où ils passent ce qui se trouve être le meilleur de leur vie, qu’ils disent le plus beau pays qu’ils connaissent». Cet endroit, c’est Beg-Meil, village du pays de Fouesnant dans le Finistère Sud (région de Quimper).

 


Philippe Dupont-Mouchet, l’auteur.

 

Beg-Meil, été et automne 1895. Marcel Proust et son ami, le compositeur et chef d’orchestre Reynaldo Hahn firent un long séjour à Beg-Meil (du 8 septembre au 27 octobre). Aucun témoignage n’est parvenu jusqu’à nous, car à cette époque les bretonnants écrivent peu, comme Proust nous l’indique : «je suis dans un pays où il n’y a pas de papier. Cela s’appelle Beg-Meil,» «Hélas on n’a pas de plaisir à écrire ici».

 

Les nombreuses biographies survolent ce séjour Begmeillois en quelques pages et l’abordent essentiellement en reproduisant des pages du roman Jean Santeuil (commencé à Beg-Meil, première esquisse de À la recherche du temps perdu). Pendant plus d’un siècle, aucun récit complet n’a vu le jour.

 

Le livre Marcel Proust à Beg-Meil comble enfin cette lacune : l’histoire reprend corps par un enchâssement de la correspondance de Marcel Proust et de Reynaldo Hahn dans des fragments du roman et par une enquête minutieuse à travers de nombreux documents (manuscrits, photographies, documents rares ou inédits). C’est un témoignage véridique, ponctué d’évocations pittoresques de Beg-Meil par la plume de Proust lui-même !

 

Véridique : les faits, rien que les faits. Soucieux de présenter un document sincère, mes annotations et textes de liaison sont limités au strict nécessaire, laissant toute la place aux références documentaires ou aux citations et en prenant soin d’écarter les descriptions qui ont un caractère trop universel. L’œuvre de Proust n’est citée que lorsque celle-ci est en relation avec sa correspondance ou avec ses notes. Ce document est factuel, sont exclus les ego-documents, les interprétations et les informations non vérifiables.

 

En complément du récit : un chapitre Marcel Proust et Reynaldo Hahn, une magnifique amitié permettant de comprendre la familiarité la plus fraternelle et la plus tendre liant Marcel Proust à Reynaldo Hahn qui occupe une place primordiale dans la vie de Proust, ainsi qu’un chapitre promenade sur les pas de Marcel Proust pour suivre les indications d’un parcours de plusieurs kilomètres.

 

Beg-Meil, c’est la révélation de l’écrivain :

 

Cette histoire méconnue fait partie du patrimoine culturel Breton. La Cornouaille est dépositaire du souvenir de Marcel Proust.

 

Beg-Meil est le lieu de la genèse de À la recherche du temps perdu, un texte commencé au début du mois de septembre 1895 (6 chapitres) avec le désir d’écrire sur la Bretagne, une écriture qui évolue vite vers un roman autobiographique : l’embryon de son grand œuvre. Ce livre est découvert après la mort de son auteur et publié en 1952 sous le titre Jean Santeuil. Dans ce texte d’un millier de pages, une bonne part de la substance de À la recherche du temps perdu (thèmes, épisodes et certains personnages) prend sa première forme et témoigne de la profusion d’idées, de la maturité et du talent du jeune écrivain.

 

La comparaison de Jean Santeuil (1895 à 1899) avec À la recherche du temps perdu (1909 à 1922) fait ressortir de nombreuses ressemblances, comme les deux évolutions ou les deux états d’un même roman qui prend forme à deux époques différentes dans la vie de Marcel Proust. L’ébauche et le magnum opus.

 

Quelques mots de Marcel Proust à propos de Beg-Meil :

 

Proust écrit ses impressions sur les paysages : «Beg-Meil, les pommiers y descendent jusqu’à la mer et l’odeur du cidre se mêle à celle des goémons. Ce mélange de poésie et de sensualité est assez à ma dose». «je suis maintenant à Beg-Meil. Lieux charmants où les pommes mûrissent presque sur les rochers». «À cinquante mètres du sémaphore, c'est-à-dire de l’extrémité de la presqu’île, les pommiers cessent. Le sol, déjà couvert du sable de la grève voisine et d’une herbe courte, étouffe le bruit des pas. Partout des fougères et des chardons brulés par le soleil… Le sémaphore de Beg-Meil est situé à l’extrémité de cette presqu’île et regarde à gauche de la baie de Concarneau [baie de La Forêt] qui la baigne à l’ouest, en face de lui et à droite de l’océan qui la baigne à l’est, “la grande mer” comme on dit là-bas par opposition à la baie, mais dont les îles Glénan qu’on voit du sémaphore ont brisé la force et dont l’eau vient mourir là presque aussi douce que l’eau dormante de la baie.»

 

Reynaldo Hahn écrit : «Beg-Meil est le seul endroit qui me plaise vraiment de tous ceux que j’ai vus en Bretagne. […] nous avons vu ici des couchers de soleils prodigieux et bien d’autres merveilles. Mais ici seulement, où nous sommes venus par hasard !»

 

Au cours des années, Proust pense à Beg-Meil. 1903 : «Beg-Meil est un clos de pommiers dévalant jusque dans la baie de Concarneau qui est la plus noble et douce et délicieuse chose que je connaisse.» 1904 : «J’adore Beg-Meil […] où il est exquis de vivre.» 1912 : «Il est vaguement question que je loue en septembre une maison dans le petit Beg-Meil». Il veut revoir Beg-Meil : «il faudrait qu’avant cinq minutes je puisse y être. […] une sorte de pays enchanté». 1914 : «Ces endroits paisibles ne sont pas accessibles aux gens comme moi qui ne peuvent faire de longs trajets en chemin de fer. […] Comme j’aimerais y retourner ! Peut-être un jour, si je vais mieux… Et je vous emmènerai. Je voudrais absolument que vous voyiez cela.»

 

Ce que vous ne trouverez pas dans le livre (ce qui n’est pas véridique, ce qui est faux) :

 

 Pour visionner l'étrange et désastreux reportage de TF1: cliquez >ICI< 

 

Depuis la parution de Marcel Proust à Beg-Meil, j’ai l’occasion d’échanger avec les lecteurs et je constate que certaines légendes sont bien ancrées dans la mémoire collective. Un long cheminement sur trois siècles transforme la parole qu’on dit « de source sure » en vérité historique. Ces ego-documents se transmettent de génération en génération. Pour plaire à un parent, un ami ou un journaliste, certains esprits rêveurs constituent un grand fourre-tout historique qui arrange parfois une chronique familiale, quitte à s’éloigner de la vérité. Certaines légendes sont bien ancrées dans la mémoire collective. Ce qui parvient jusqu’à nous peut se révéler irréaliste, anachronique, travesti ou impossible.

 

Après 1895, Marcel Proust ne revient pas à Beg-Meil.


L’emploi du temps de Marcel Proust est connu au-jour-le-jour de 1895 jusqu’à sa mort en 1922. Son abondante correspondance et ses notes apportent une documentation précise sur tous ses déplacements. Revenons sur les différents projets et tentatives… Cela débute en 1904. Le 9 août, depuis Le Havre, Proust embarque pour une croisière à destination de la Bretagne. À Dinan le 14, souffrant de crises d’asthme à répétition depuis le départ, il abrège son voyage et rentre à Paris. En 1906, Marcel Proust projette une nouvelle excursion de la Normandie à la Bretagne. Tout au long de l’été, il écrit à son entourage pour obtenir des conseils. La saison passe, il ne concrétise toujours pas son projet. En 1907, le médecin de Proust lui conseille de se rendre en Bretagne pour soigner son asthme. Marcel Proust peine toujours à se décider. Fin juillet, il écrit : « Je crois pourtant que cette fois je vais aller en Bretagne. » (lettre à Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, comtesse Greffulhe, fin juillet 1907). Le 7 octobre, nous apprenons dans une lettre à Reynaldo Hahn qu’il finit –cette fois encore– par abandonner ce projet. La santé de Marcel Proust lui impose de limiter ses voyages. De 1907 à 1914, son unique lieu de villégiature devient Cabourg. Proust sait qu’il a trop tardé à se décider et que l’époque des voyages touche à sa fin. Néanmoins, en août 1912, il confie : « Il est vaguement question que je loue en septembre une maison dans le petit Beg-Meil. Mais cela me semble bien tard. » (lettre à Reynaldo Hahn, Grand Hôtel, Cabourg, 17 août 1912). En août 1914, dans une autre lettre, Proust explique : « Ces endroits paisibles ne sont pas accessibles aux gens comme moi qui ne peuvent faire de longs trajets en chemin de fer. » (lettre à Reynaldo Hahn, Paris, 30 août 1914). En septembre, lors d’une conversation avec sa gouvernante Céleste Albaret, Marcel Proust se souvient du séjour à Beg-Meil en 1895. La gouvernante témoigne : « il m’a raconté que, autrefois, il avait fait le voyage avec son grand ami, le compositeur Reynaldo Hahn, » et Proust lui dit : « C’était magnifique, Céleste ! Comme j’aimerais y retourner ! » (témoignage de Céleste Albaret recueilli en 1973 par Georges Belmont pour le livre Monsieur Proust). Après cet été 1914, trop faible, il ne peut plus quitter la région parisienne. Marcel Proust informe Céleste : « Ma chère Céleste, il y a une chose que je dois vous dire. J’ai fait ce voyage de Cabourg avec vous, mais c’est fini : je ne ressortirai jamais plus. Jamais plus je n’irai à Cabourg ou ailleurs. » (à Céleste Albaret, Cabourg, septembre 1914).

 

À Belle-Île-en-Mer, Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas chez Sarah Bernhard.

 

Celle-ci commence à résider à Belle-Île en 1896, au terme des travaux de réhabilitation du fortin de la Pointe des Poulains. À Belle-Île du 5 au 7 septembre 1895, Marcel Proust et Reynaldo Hahn séjournent à l’auberge des Adrets. Pour les mêmes raisons, Proust et Hahn n’arrivent pas à Beg-Meil en compagnie de Sarah Bernhardt. Dans les années qui suivent, Reynaldo Hahn retourne seul à Belle-Île-en-Mer.

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas à la villa Ker-Ar-Menec’h.

 

Lors de leur séjour en 1895, Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne peuvent connaitre la villa Ker-Ar-Menec’h, puisque celle-ci est construite plus tard, entre 1910 et 1920. En 1956, peu de temps après la découverte et la publication du roman Jean Santeuil, Philip Kolb (grand spécialiste de la correspondance de Proust) se rend à Beg-Meil avec l’espoir d’obtenir des informations sur l'unique séjour de Marcel Proust et Reynaldo Hahn en 1895. À la villa Ker-Ar-Menec’h, il rencontre Andrée Caudrelier (épouse de Étienne Caudrelier et fille de André Bénac, elle vit dans cette maison depuis son achat par famille Bénac à la famille Dilhingham en 1935). À l’Hôtel de la Plage, il rencontre Jos Parker alors propriétaire de l’hôtel. Étrangement, Philip Kolb ne rencontre pas les propriétaires du Grand Hôtel (anciennement Hôtel Fermon). L’absence de témoin direct, l’absence d’information, le seul document trouvé à l’époque (registre de l’hôtel) ne lui permettant pas de réaliser un récit complet sur le séjour, Philip Kolb concentre son travail sur le processus créatif du roman Jean Santeuil par l’étude des feuillets manuscrits et fragments ayant servi à l’assemblage du roman. Cette étude sur les étapes de la rédaction Historique du premier roman de Proust (Saggi e ricerche di letteratura francese, volume 4, pages 215-277) est publiée en 1963. Depuis cette visite de Philip Kolb en 1956, le nom de Marcel Proust est associé –indirectement– à la villa Ker-Ar-Menec’h.

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas chez la famille Parker.

 

En 1895, lorsque Marcel Proust et Reynaldo Hahn descendent à l’Hôtel Fermon, les sept chambres sont toutes occupées. Alors, de façon temporaire, Yves Fermon les loge dans l’Hôtel de la Plage tenu par Pierre Rousseau (propriétaire en 1895). Très vite, Proust peut s'installer à l'Hôtel Fermon et ne plus en bouger (il ne supporte pas les déménagements). Quelques années plus tard, Pierre Rousseau cède l'Hôtel de la Plage à son gendre, Alexandre Parker (son nom est lié à l’hôtel pour la première fois le 24 juillet 1901, dans les statuts de la Société de navigation de Beg-Meil). Ainsi, bien après le séjour de Marcel Proust et Reynaldo Hahn à Beg-Meil, le nom Parker se trouve associé à ce lieu.

 

Le nom du propriétaire de l’hôtel qui loge Marcel Proust n’est pas –exactement– Fermont.

 

L’orthographe correcte est Fermon (sans T). De 1866 à 1880, le nom de famille s’orthographie Fermont. Des actes notariés font apparaitre que depuis 1881 le nom usuel est Fermon (1886 pour l’hôtel). Cette orthographe est attestée par deux documents photographiques visibles dans le livre (photographie de la plaque de l’hôtel et un courrier adressé à Marcel Proust le 10 octobre 1895).

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas au Château de Bot-Conan.

 

Le château de Bot-Conan est construit en 1899. Cet édifice est le désir de Félix Guyon chirurgien et urologue à l'Hôpital Necker à Paris et fondateur de l'École de chirurgie urologique française. De 1894 à 1904, Félix Guyon est le professeur de Robert Proust, frère de Marcel. Le nom de Proust est donc associé à ce lieu de façon indirecte.

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas dans une maison de la ferme de Kerengrimen.

 

Marcel Proust connait ce lieu par un ami de ses parents, André Bénac. C’est dans ce lieu que Proust situe les premières lignes de la préface de son roman Jean Santeuil. Par ailleurs, le peintre Thomas-Alexander Harrisson fréquenté par Proust y loue un atelier en planches (il loge et prend ses repas lui aussi à l’Hôtel Fermon). Ainsi le nom de Proust est associé à ce lieu, ce qui peut produire des interprétations erronées.

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne séjournent pas à l’Hôtel des Dunes.

 

En 1895, Marcel Proust et Reynaldo Hahn ne peuvent séjourner à l’Hôtel des Dunes, puisque cet établissement est fondé en 1898.

 

Au sujet du lien entre les familles Proust et Bénac :

Les Bénac sont des amis intimes des parents de Marcel Proust (ils figurent dans le carnet d’adresses de Jeanne Proust).  Originaires de la Gironde, c’est Edmée Bénac qui fait découvrir Beg-Meil à son mari André. Les Bénac s’installent à la ferme de Kerengrimen en 1887. Après son séjour à Beg-Meil en 1895, Marcel Proust conserve une relation épistolaire avec la famille Bénac. Une seule lettre subsiste, dans laquelle Marcel Proust remercie André Bénac pour une offre de prêt qu’il décline. André Bénac, dont Proust dit qu’il est « le plus vieil ami de mes parents » (lettre à Madame Nahmias, 29 septembre 1919). André Bénac a un fils, Jean Bénac (1er juillet 1891 - 15 décembre 1914). Le 14 décembre 1914, Jean Bénac se trouve à Thann (Haute-Alsace) en compagnie de Max Barthou (fils de l’ancien président du conseil). Les deux soldats sont touchés par un obus. Le 15 décembre, à deux heures du matin, Jean Bénac meurt de ses blessures à l’hôpital civil de Thann. En septembre, l’ami de la famille Anatole Le Braz  publie l’éloge À la mémoire d’un Finistérien d’adoption. En mai, les parents Bénac décident de publier un recueil de lettres de leur fils. Ils demandent conseil à Marcel Proust, qui explique : « les Bénac m’avaient donné le livre de leur fils. […] je n’ai pas été d’accord avec eux sur leur manière de sentir et de faire […]. Ces lettres du petit Bénac étaient délicieuses de cœur, de dons, de courage, de délicatesse ; […] On devait à ce jeune et charmant brave, que je n’ai pas connu et que j’aime depuis que je l’ai lu (et tout le monde eut fait de même), on lui devait de le dresser, de le dévoiler, de le faire vivre, dans son geste et dans son rayon. […] Or ici les dons du jeune homme étaient charmants ; joints à sa délicieuse délicatesse morale, à l’intérêt du récit, et d’un document sur un jeune bourgeois français de 1914, en bloc tout cela, “l’un dans l’autre” comme disent les marchands, eut charmé. Privée de ses puissants atouts, sa “littérature” n’aura certainement pas une originalité suffisante pour marquer. J’ai écrit tout cela à Monsieur Bénac sans même effleurer ses déterminations. Je le regrette car par delà la mort j’ai une profonde sympathie pour ce caractère, et le parti pris de le laisser ignoré m’attriste, partis pris inspiré bien entendu par une tendresse et une douleur que je respecte et plains du fond de mon cœur, mais qui n’ont pas pu se détacher assez de ceux qui les ressentent pour servir uniquement la cause de celui qui les inspire. […] Bien entendu si M. Bénac n’a pas acquiescé à mes raisons, il ne les a nullement mal prises ! » (lettre à Madame Catusse, octobre 1915). L’ouvrage En souvenir de Adolphe, Edme, Jean Bénac, Avocat à la Cour d’Appel de Paris, Sergent au 46e Régiment d’Infanterie. Né le 1er juillet 1891 à Paris, mort à Thann le 15 décembre 1914 paraît le 7 mai 1915 aux Presses des Imprimeries Gounouilhou à Bordeaux. André Bénac, resté fidèle à la famille Proust, est présent aux obsèques de Marcel Proust en 1922 (liste des personnes présentes publiée dans Le Figaro du 22 novembre 1922).

 

Marcel Proust et Reynaldo Hahn, une magnifique amitié :

 

Marcel Proust à Beg-Meil permet de comprendre l’affection qui lie Marcel Proust et Reynaldo Hahn. Proust rencontre ce compositeur et chef d’orchestre en 1894. L’admiration est immédiate, Proust dit de Hahn : «la plus enchanteresse voix que j'aie jamais entendue.» et Hahn dit de Proust : «un garçon charmant, un littérateur qui, stupéfait de voir un musicien sachant parler littérature […] m’a pris en grande tendresse». «il me fait assister perpétuellement au rayonnement d'une intelligence incomparable et d'un cœur d'or.»

 

Marcel et Reynaldo vivent une passion qui atteint son sommet en 1895. Au retour de Beg-Meil, Proust déclare ses sentiments à Hahn : «Mon cher petit, J'accepte tout puisque c'est pour vous le rendre, et cette partie de ma vie intérieure que je vous donne – et qu'avant de vous la donner je vous devais – si je puis croire qu'elle vaut quelque chose, je me réjouis deux fois. Je voudrais être maître de tout ce que vous pouvez désirer sur la terre pour pouvoir vous l'apporter – auteur de tout ce que vous admirez dans l'art pour pouvoir vous le dédier.» «Tu es bien gentil et je t'aime infiniment.» Dès lors, Hahn occupe une place primordiale dans la vie de Proust : «vous vraiment la personne qu’avec Maman j’aime le mieux au monde.» «Ô mon petit Reynaldo, ô ma grande affection dans la vie».

 

Leur lien intime permet à Hahn de se rendre chez Proust sans devoir se faire annoncer, il est le seul, comme l’explique Proust en 1910 : «Je ne laisse entrer personne, pas même mon médecin. Le seul être que je vois quelquefois est Reynaldo parce qu'il vient constamment à des heures indues, qu'une fois sur six j'ai fini ma fumigation et cette fois-là le laisse entrer, parce qu'il est si habitué à mon mal, reçoit mes réponses à ses questions, sur un petit papier si je ne peux parler». En 1911, nous découvrons que la tendresse de Proust pour son fidèle compagnon va jusqu’au transfert : «je ne peux pas dire que je pense souvent à toi, car tu es installé dans mon âme comme une de ses couches superposées et je ne peux pas regarder du dedans au-dehors ni recevoir une impression du dehors au-dedans, sans que cela ne traverse mon Binchnibuls [Hahn] intérieur devenu translucide et poreux.» En 1912, Proust déclare à Hahn : «je n’aime que vous.» Il lui propose de vivre avec lui : «Est-ce que tu ne conviens pas que nous achetions un hôtel historique où tu représenterais dans un étage et moi l'autre».

 

En 1922, quelques jours avant la mort de Proust, Hahn lui écrit : «mon ami le plus cher, […] une des personnes que j’aurai le plus aimées dans ma vie.» Le 18 novembre 1922, le soir de la mort de Proust, Hahn reste près de lui, il suit son agonie. Il passe la nuit près de la dépouille de l’écrivain, puis le veille pendant trois jours avant les obsèques.

 

En avril 1945, malade, Reynaldo Hahn utilise sa dernière contribution au Figaro pour rendre hommage à Marcel Proust : «Des critiques de grande intelligence et de grand savoir ont analysé avec perspicacité l’œuvre, le génie et l’âme de Marcel Proust, et il y a dans leurs écrits beaucoup à retenir. Mais certains phénomènes de cette personnalité probablement unique ne seront expliqués que lorsqu’il nous sera donné de pénétrer plus avant dans les mystères du monde inconnu qui nous entoure – qui nous régit peut-être – de ce monde qui, en dépit de lueurs et d’éclaircies de plus en plus fréquentes, nous demeure encore fermé, et auquel Marcel appartenait bien plus qu’à notre monde visible, palpable et accessible aux investigations de la connaissance humaine.»

 

«Soyons reconnaissants aux personnes qui nous donnent du bonheur, elles sont les charmants jardiniers par qui nos âmes sont fleuries.» Marcel Proust.

 

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Il était une fois Beg-Meil :

 

© Philippe Dupont-Mouchet, 2019

 

 

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